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La poste des universités

A partir du XIe siècle et jusqu'au XVIIIe siècle, les grandes universités françaises recevaient des étudiants du monde entier. Les voyages à l'époque étaient très lents et compliqués, c'est pourquoi les étudiants restaient tout le temps de leurs études dans les universités. Des services de correspondances et d'échanges de courriers se sont alors mis en place afin que les étudiants puissent correspondre avec leurs proches (même si les premières traces de ces échanges remontent au XIIIe siècle, il est probable que les premiers messagers des universités remontent au XIe siècle). Cette initiative privée a été mise en place par l'université de Paris, première université de France créée au milieu du XIIIe siècle qui comptait environ 1 500 étudiants. Cette université comportait quatre facultés, les facultés des arts, de la médecine, des décrets et de la théologie. La faculté des arts, la plus importante avec les trois-quarts des étudiants, était la seule à disposer de messagers. Elle était divisée en quatre nations :
La nation de France qui gérait l'envoi des messagers en France, mais aussi dans les pays latins (Portugal, Italie, Castile.....).
La nation de Normandie qui gérait la Normandie.
La nation de Picardie qui gérait les pays Flamands.
La nation d'Angleterre qui gérait les messagers pour l'Angleterre, la Hongrie et qui devient la nation Allemagne pendant la guerre de Cent Ans et qui gérait les pays Germaniques.

Les porteurs, appelés petits messagers et aussi messagers volants transportaient des lettres, des paquets, mais aussi de l'argent (par opposition aux grands messagers qui ne voyageaient pas, mais ils étaient destinés à rendre des services aux étudiants). Les messagers, qui devaient parler latin, disposaient d'un statut social privilégié, ne payant pas de taxe, leur salaire était très intéressant.

Les riches particuliers pouvaient également faire appel à ces courriers, qui moyennant finance pouvaient profiter de leurs voyages pour transporter des lettres de particuliers. Seul ce service existait pour les particuliers, même si celui-ci était très aléatoire d'ou son nom de "poste des occasions". La rémunération perçue (dont une grille des tarifs était prédéfinie) permettait aux universités de fonctionner en payant les professeurs.
Les messagers des universités possédaient un jeton leur permettant de confirmer leur identité.

Charles VI précisa dans une ordonnance de 1383 que chaque diocèse du royaume ou chaque pays étranger sera desservi par un messager d'université. En France, les voyages étaient mensuels voir bimensuelle et dépassaient rarement un à deux voyages par an pour les pays étrangers.
A l'origine, les routes étaient libres et aucun droit n'était exigé pour le transport des courriers, en effet aucun autre service de transports n'existait à l'époque. Plus tard lors de l'apparition de la poste d'état, le pouvoir essaya régulièrement de faire arrêter ce service qui lui faisait concurrence. De nombreux procès ont été dirigés contre les messagers des universités, procès qu'ils gagnèrent grâce au soutien du parlement. Ils perdront leurs avantages en 1672 sous Louis XIV, lequel souhaitera développer et rentabiliser la poste aux lettres.
La poste des universités disparaitra en 1719 suite à la pression des fermiers généraux et ainsi à son rachat par la Ferme générale des postes pour "un vingt-huitième du prix du bail des postes". Leurs missions se limiteront au transport des voyageurs et des marchandises dont le poids est inférieur à 25 kilos, le transport des lettres ne leur étant plus permis.

 


Blason de l'Université de Paris

 

 

 

 



Charles VI représenté par le maitre de Boucicaut en 1412

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