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La poste des couvents


Appelé également la poste des moines, on trouve ces premiers signes dès le VIIe siècle, lorsque Clotaire III accorde à un couvent des environs d'Amiens, le droit de disposer de messagers pour le transport de marchandises.


Plus tard, vers les XII et XIIe siècle, ces postes connurent un fort développement, le moyen-âge a fortement été marqué par le sacré et le mysticisme. En effet, la plupart des monastères Européens datent de cette période. Certains ordres tels que les Cisterciens possédaient plus de 500 monastères. Afin de communiquer entre eux, des messagers furent utilisés, les "rotularius" ou "rotuliger".
Un messager partait d'un premier monastère ou un texte en latin était apposé par le moine responsable de la bibliothèque appelé "armarius" sur le "rotula" ou "rotulus" appelé aussi "l'encyclique" (si le moine en charge de rédiger les textes était doué en dessin, il pouvait orner la première lettre d'une miniature). Ce messager poursuivait son chemin pour transmettre son message au monastère suivant, lequel inscrivait également un message qu'il cousait à la suite du parchemin. Et aussi de suite, le parchemin enroulé autour d'un cylindre en bois était glissé dans un étui. Les informations contenues dans le parchemin pouvaient traiter des comptes, d'informations religieuses, et même d'annonce d'un décès d'un personnage important. Le messager pouvait mettre plusieurs mois voir plusieurs années pour effectuer le circuit complet. Nous pouvons, à travers ces faits, nous rendre compte de la difficulté que les personnes de cette époque avaient pour avoir des informations ! ! ! Ces messagers recevaient le gite, le couvert et une petite rémunération pour pouvoir poursuivre leur périple.

Un rouleau ayant traversé les époques est celui de Saint-Vital. Un messager a été envoyé pour annoncer le décès le 16 septembre 1122 de l'abbé Saint-Vital, ce type de rouleau était appelé le "rouleau des morts". Dix ans plus tard, en 1132, le rouleau comportait 206 réponses, c'est-à-dire qu'il avait fait 206 étapes. Ces réponses accusaient réception du document, mais faisaient également l'éloge du défunt et invitaient à prier pour lui. Ces accusés de réception s'appelaient des "titulus" car dans l'en-tête du texte se trouvait le nom c'est-à-dire le titre de l'abbaye. Long de 9, 5 mètres, large de 25 cm, le rouleau de Saint-Vital était écrit sur ses deux faces en vers et en prose. De plus ce rouleau est incomplet, nous pouvons donc imaginer le périple de ce "rotula". Parti de Savigny en Normandie, il alla en Champagne en Flandre et deux fois en Angleterre sur une distance estimée à un millier de lieues.

D'autres "rotula" furent retrouvés tel celui annonçant la mort de la fille de Guillaume le Conquérant en 1 133, l'abbesse Mathilde du couvent de La Trinité de Caen. Il a visité 252 monastères et mesurait environ 20 mètres.
Les "rotulae" furent utilisés jusqu'au XVe siècle, leur fin a été dictée par l'amélioration des réseaux postaux et peuvent être considérés comme étant les premiers courriers avec accusé de réception (sans délai garanti ! ! !)

 


Clotaire III
Par Jean Dassier (1676 1763)

 



Cisterciens travaillant aux champs
(1500) de Breu d'ÄJörg

 

 

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