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La poste aux chevaux sous Louis XI


Louis XI restera dans l'histoire pour avoir fondé la poste en France, mais une poste d'état, la poste royale. Même si quelques riches particuliers pouvaient utiliser très ponctuellement ce service, la "poste aux lettres" ou les prémisses d'un service public destiné aux pouvoirs politiques et économiques et très aléatoirement aux particuliers, apparaitra plus tard sous le règne d’Henri IV.
Louis XI décida de créer des relais de poste afin de pouvoir obtenir des informations dans les plus brefs délais de l'ensemble de son royaume et aussi d'assurer la discrétion des échanges. Il reprit donc le principe des relais Romains. Jusqu'en 1937, l'édit de Luxiès, petite ville près de Doulens, était considéré comme un document officiel signé par Louis XI le 19 juin 1464 et qui définissait en 28 articles le fonctionnement de la "poste aux chevaux" et qui fixait sa date de création. Hors il a été démontré en 1937 par Gaston Zeller que ce document est un faux, bien que des doutes persistaient sur ce document qui décrivait parfaitement le fonctionnement de la "poste aux chevaux" 15 ans avant que les historiens ne trouvèrent des traces de son apparition. Gaston Zeller démontra le caractère faux de ce document par l'utilisation de certains termes inhabituels voir inutilisés au XVe siècle ! L'historien postal Eugène Vallé avança que ce texte a été publié en 1660 dans un recueil documentaire sur la poste, suite à une modification des numéros de page pour insérer cet "édit". La raison serait de justifier les taxes perçues par le surintendant général des postes et relais de l'époque Jérosme de Nouveau, en s'appuyant sur ce document. Les premières archives trouvées décrivent l'apparition de la "poste aux chevaux" en 1479, soit trois ans après la mort de Louis XI, créateur de ce service qui sera surtout développé par ses successeurs à savoir Charles VIII, Louis XII et François 1er.

                     
                           
Louis XI                                                              Château de Plessis-lès-Tours

A l'origine, Louis XI divisa le corps des chevaucheurs des écuries du roi en deux groupes. Le premier sera composé des "courriers du cabinet" chargés de transporter les missives royales et le second, les "postes assises" chargées de fournir les chevaux. Ces derniers, vont donc évoluer de chevaucheurs à "maîtres des postes", titre qui restera en vigueur jusqu'à la disparition des relais postaux en 1873, lors de l'essor du chemin de fer et de la poste ferroviaire.

Pour cela les relais furent installés tous les sept lieues c'est-à-dire tous les 28 kilomètres, soit environ la distance qu'un cavalier peut parcourir au galop. Le cavalier pouvait alors changer de monture à chaque relais pour parcourir par jour la distance séparant quatre relais, soit près de 90 kilomètres par jour, distance très importante pour l'époque. Le gain de temps pour l'échange d'informations sera alors énorme. Ensuite des employés des relais étaient chargés de ramener les chevaux au relais d'origine, les fameux postillons apparaissent donc à cette époque.
Les maîtres des postes pourront louer les montures (sauf aux courriers pour qui elles seront gratuites), leur permettant de gagner beaucoup d'argent, ils obtiendront même le monopole de la location en 1602, malgré une tentative indépendante avant cette date. Mais les maîtres de poste ont de nombreux frais à assumer, les relais ainsi que les chevaux leur appartiennent et ils doivent payer leurs employés (personnels hôteliers, valets d'écuries, postillons). Les courriers bénéficieront, tout comme les messagers des universités, de l'exemption de toutes les taxes. De plus, les maîtres des postes gagnent principalement leur vie de l'exploitation agricole ou en exerçant le métier d'aubergiste et d'hôtelier. Le métier de maître de poste était reconnu officiellement par l'obtention d'un brevet suite à l'achat de cette charge. Ils étaient par la suite contrôlés par des inspecteurs appelés les visiteurs des postes, qui vérifiaient les registres d'ordre ou l’ensemble des utilisateurs des relais (voyageurs, postillons...) notaient leurs remarques.

 



Postillon en 1728

Les premières liaisons, qui fonctionnaient jours et nuits, partaient de Tours, Louis XI séjournant souvent à Plessis-lès-Tours. Les particuliers fortunés pourront moyennant finances utiliser ces services postaux. Seuls les maîtres de poste étaient autorisés à "aller en poste", c'est-à-dire aller au galop, tous les autres messagers privés ou autres voyageurs devaient respecter le petit trot et voyager de jour. Sous François 1er, les routes se développèrent rapidement pour se dégrader sous Charles IX, les troubles religieux de l'époque y ont fortement contribué.
Très touchés, les relais se réorganiseront sous le règne d'Henri III, on en comptera alors plus de 250 sur 14 itinéraires. Il sera également le premier à définir en 1576 un tarif officiel pour le transport des correspondances, permettant ainsi aux riches particuliers d'utiliser les services de courrier royaux.

"Les bottes de sept lieues" sera la dénomination utilisée au XVIIe siècle pour décrire les bottes des postillons. Ces bottes, faites en bois et en cuir, pesaient environ trois kilos, elles remontaient jusque sous le genou et étaient faites pour protéger les jambes du cavalier en cas de chute. Les bottes étaient fixées à la selle, le cavalier ne pouvant pas marcher aisément avec ses bottes. Ces bottes qui résistaient au poids du cheval, permettaient ainsi au cavalier de se retirer. Charles Perrault les transforma en bottes magiques dans le conte du "Petit Poucet". La lieue était une unité de mesure de l'Ancien Régime avant même qu'on définisse notre système métrique moderne.



Le Petit Poucet d'Antoine Clouzier en 1697

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