Le "Penny Black," premier timbre émis au monde
Timbre anglais émis en 1840


L'apparition du timbre-poste en France


Le premier timbre-poste a fait son apparition en Angleterre en 1840. Il faudra attendre le premier janvier 1849 pour que la France fasse de même, mais après de nombreuses discussions et hésitations. Les détracteurs du timbre-poste étaient nombreux et leur premier argument était le coût et surtout la rentabilité.
Avec le timbre-poste devait également apparaitre la simplification administrative et le tarif unique. Le tarif postal a fortement été réduit par rapport à ce qui se faisait, mais la nouveauté résidait aussi dans le fait que le paiement des frais de port allait se faire par l'expéditeur et non plus le destinataire.


Le Cérès 20 centimes noir
Premier timbre français
émis en 1849"

En effet à cette époque, le destinataire devait s'affranchir (sans mauvais jeu de mots) de la taxe d'acheminement. Les responsables de l'époque observaient de près le système anglais qui avait énormément de mal à devenir rentable et qui depuis de nombreuses années perdait de l'argent.

Les défendeurs du timbre-poste comme Emile de Girardin (1806-1881), journaliste et homme politique français, mettaient en avant le fait que, suite à cette réforme et à l'abaissement de la taxe postale, le nombre d'échanges devait fortement augmenter et donc compenser les pertes de la réduction du prix de l'envoi. Ces réformistes défendaient aussi et surtout le progrès social et de justice. Mais ils devront attendre la fin chute de la monarchie de juillet et donc du pouvoir du roi Louis-Philippe et l'instauration de la IIe République pour que ce projet devienne réalisable.
Etienne Arago (1802-1892), dramaturge et homme politique français, avait été un des principaux acteurs de la révolution de février et donc de la chute de la monarchie de juillet. Son frère, François Arago, célèbre astronome et ministre de la Guerre du nouveau gouvernement républicain, cherchait des hommes compétents et n'ayant pas été compromis au précédent régime. Etienne Arago sera donc nommé directeur de l'administration des Postes et défendra intensément ce projet de réforme postale. Ce sera le député Félix de Saint-Priest qui, délégué par le gouvernement, présentera devant l'assemblée constituante le projet de décret le 17 août 1848 lequel sera publié le 30 août 1848.
Ce décret instaure un tarif unique de bureau à bureau et ceci quel que soit la distance parcourue et en fonction du poids des envois :
- Premier échelon : 20 centimes pour les lettres jusqu'à 7,5 grammes inclut.
- Deuxième échelon : 40 centimes pour les lettres de plus de 7,5 grammes à 15 grammes inclut.
- Troisième échelon : 1 franc pour les lettres de plus de 15 grammes à 100 grammes inclut.
Ces tarifs seront valables en France métropolitaine, en corse et en Algérie dont la conquête remonte à dix-huit ans.


Emile de Girardin (1806-1881)

 


Etienne Arago (1802-1892)


Jacques Jean-Barre (1793-1855)

La conception et la réalisation du premier timbre seront confiées à Jacques-Jean Barre (1793-1855), Graveur général des monnaies. En effet, le délai entre la publication du décret le 30 août et l'émission du premier timbre le 1er janvier 1849 était trop court pour lancer un concours et ceci malgré les projets déjà proposés par plusieurs artistes. Ce sera la même raison qui fera choisir, suite à la proposition de Jacques-Jean Barre, la Monnaie de Paris pour l'impression des timbres. La société anglaise Perkins avait proposé ses services, mais le prix demandé et la crainte qu'elle ne tienne pas les délais ont été en sa défaveur.

Jacques-Jean Barre présentera son projet au comité consultatif des graveurs le 11 septembre 1848. Il avait choisi comme symbole de la république, la déesse latine des moissons et symbole de la fertilité : Cérès. Cette dernière était représentée à l'encre de chine sur un carton (visage regardant vers la droite) et au crayon sur une plaquette d'ivoire (visage regardant vers la gauche). La représentation sera choisie et validée le 15 septembre 1848 par le ministre des Finances et ça sera : le visage regardant vers la gauche !
Jacques-Jean Barre utilisera soit le procédé de gravure typographique, soit une gravure en relief. Cette dernière était plus difficile à copier par les faussaires.

Pour cela, Jacques-Jean Barre doit graver le poinçon original en acier et cela sur deux goujons amovibles. Il servira de matrice pour l'ensemble des timbres de type Cérès et ceci quelques soient les valeurs faciales. Le poinçon sera fini le 17 octobre 1848, il reste alors à le reproduire à l'identique afin de pouvoir imprimer les timbres en grande quantité.


Cérès (Simon VOUET 1590-1649)

Le procédé de galvanoplastie permettra de reproduire le poinçon original par électrolyse. Il fera appel à son adjoint de 37 ans Anatole-Auguste Hulot, spécialiste de ce procédé, pour la reproduction galvanoplastique et pour l'impression des timbres.
Le poinçon original sera reproduit à 150 exemplaires pour l'impression d'un ensemble appelé galvanotype (dix rangées de quinze timbres), deux galvanotypes seront mis l'un près de l'autre pour l'impression d'une feuille de 300 timbres. Un des timbres sera inversé par erreur sur un des galvanotypes créant ainsi un tête-bêche, une variété très rare puisque non-présente sur toutes les feuilles et les timbres étant découpés pour être séparés. Cette variété augmentant considérablement la valeur des timbres est très recherchée par les philatélistes.
Au début de 1948, 25,5 millions de timbres à 20 centimes et 500 000 timbres à 1 franc auront été imprimés, ce qui représente un exploit à l'époque, de pouvoir produire autant de timbres en si peu de temps ! Surtout que les timbres seront imprimés à l'aide de presse à bras de la maison Lacrampe et Cie sur des feuilles fournies par le papetier Angoumois Lacroix. Le procédé de l'époque était donc très artisanal, les feuilles seront gommées avec un pinceau.


Avis au public de 1849 concernant l'utilisation
des timbres poste

Même si l'utilisation du timbre-poste entre en vigueur le 1er janvier 1849, les premiers timbres seront en vente dès le 25 décembre 1848 dans les bureaux de poste ou via les facteurs. Afin d'en informer le public, deux affiches signées par Etienne Arago sous forme d'Avis au Public verront le jour. Ces affiches définissent clairement comment acheter et utiliser les timbres-poste et donc envoyer le courrier.
A partir du 1er janvier, les Français ont donc le choix d'utiliser ou non le timbre pour envoyer une lettre et comme tout changement, celui-ci aura des difficultés à voir le jour. A la fin de la première année, moins de 20 % des lettres seront taxées soit un peu plus de 20 millions. Mais nous devons relativiser cette faible utilisation du timbre, car il faut noter que ce tarif de 20 centimes permettait d'envoyer une lettre jusqu'à 7,5 grammes de bureau à bureau et vers et en provenance des colonies (hors taxe de 10 centimes de transport maritime). Pour les lettres envoyées à l'étranger et pour les autres poids, les timbres n'étaient pas encore à disposition.
Mais malgré tout, les personnes ne souhaitant pas utiliser le timbre et donc laisser le soin au facteur de récupérer le paiement de la taxe de transport, ne payaient pas plus cher pour autant (tarif à 20 centimes). La non-utilisation du timbre coutera donc chère à l'administration postale, qui décidera à partir du 1er juillet 1854 de faire payer au destinataire 30 centimes pour toutes les lettres non timbrées, contre 20 centimes pour les autres. En 1852, on comptera à peine plus de 20 % des lettres affranchies et suite à la loi des 20 au 25 mai 1854, il y en aura 85 % en 1855 et 90 % en 1860. Des initiatives seront prises afin de simplifier l'utilisation du timbre, comme notamment le 3 juin 1854 l'obligation de la vente des timbres dans les bureaux de tabac afin que celui-ci soit distribué dans un réseau plus vaste, alors que cette vente n'était auparavant que permise.

                        Page précédente